Kiarostami

No (Abbas Kiarostami, 2011)

Dans les films d’Abbas Kiarostami, la simplicité (apparente) de la mise en scène révèle toujours la complexité de l’âme humaine. Dès ses premiers travaux réalisés en Iran dans le cadre du Kanoon (Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes), il a mis en scène des enfants aux prises avec des dilemmes dont la résolution a montré leur incroyable faculté de résistance. Bravant leurs peurs – les chiens, la nuit, les coups des parents, les punitions à l’école – les petits font preuve de courage, de détermination et surtout d’indépendance d’esprit.

Dans No, la petite fille qui ne veut pas se couper les cheveux renonce à la possibilité de devenir actrice pour ne pas se trahir, pour ne pas se perdre ; elle ne cède ni à la pression des adultes, ni à la vanité. En refusant de couper les cheveux à son amie, elle marque l’amitié comme valeur suprême, tout comme le héros de Où est la maison de mon ami ? qui parcourt un chemin sinueux, semé d’embuches, pour rendre un cahier afin que son camarade ne soit pas puni par le maître d’école.

Enfin, dans No, tourné en Italie, l’attitude des petites filles à l’égard de leur chevelure montre à quel point celle-ci constitue pour elles, dès le plus jeune âge, un atout de beauté et de séduction ; et l’on ne peut s’empêcher de penser que le cinéaste vient d’un pays où, dans les espaces publics, les femmes sont voilées dès l’âge de neuf ans.

Ce fut toujours la grande force des films d’Abbas Kiarostami tournés en Iran : ne jamais montrer de front une situation politique ou sociale par la violence qu’elle recèle, mais plutôt de faire apparaître la beauté, la volonté et la grandeur d’âme de ceux qui y sont soumis.

 

Abbas Kiarostami

En Europe, le travail d’Abbas Kiarostami (1940-2016) a été découvert à la fin des années 1980 avec Où est la maison de mon ami ? (1987) qui reçut un bel accueil critique et public. S’ensuivirent de nombreux films dont Close-up (1990), Et la vie continue (1991), Au travers des oliviers (1994) et Le Goût de la cerise qui lui vaudra la Palme d’or du Festival de Cannes en 1997 ; il est à ce jour le seul cinéaste iranien à avoir reçu ce prix.

Artiste à l’œuvre protéiforme (photographe, poète, cinéaste, écrivain), il a beaucoup travaillé dans son pays d’origine, l’Iran, qu’il n’a jamais réellement quitté, bien que plusieurs de ses films aient été produits ou tournés à l’étranger : en France, en Italie et au Japon notamment.

Dans le cadre de son travail au Kanoon (Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes), il a réalisé plusieurs films avec des enfants mû par une volonté didactique mais toujours avec une extrême habileté dans la mise en scène.

Il a porté le cinéma iranien sur la scène internationale, il en fut la figure de proue durant de nombreuses années grâce à des films d’une grande maîtrise cinématographique, d’une grande poésie mais surtout grâce au regard particulier, empreint d’humanité, qu’il a porté sur ses personnages, qu’ils soient réels ou de fiction.

C.B.