La connaissance de Dieu

Au coeur de la Bible, dans le livre de l’Exode, ch.3, v.13-15, le nom de Dieu est révélé à travers ces paroles: “je suis qui je suis”. Cela situe la réflexion sur l’être au coeur de la pensée judéo-chrétienne, mais nous la retrouvons aussi au coeur des recherches spirituelles de tant de traditions.

C’est notre expérience la plus immédiate que celle d’être. Mais lorsqu’on parle de Dieu, pouvons-nous aussi dire qu’il est comme nous. Le texte biblique affirme que Dieu est, mais les hommes s’interrogent est-ce que l’être de Dieu est vraiment comme le nôtre.

La difficulté naît du fait que plusieurs choses pour nous contradictoires peuvent s’affirmer en même temps de Dieu. Notamment le fait qu’il soit inaccessible à l’homme et que néanmoins il veuille se rendre accessible, se communiquer, se faire connaître. C’est ici que se rencontrent bien de récits cosmogoniques qui parlent de la lumière. Cette lumière souvent signifie que Dieu veut se rendre visible, connaissable. La difficulté sera donc dans l’affirmation que l’homme ne peut atteindre Dieu, qu’il est en dehors de notre portée et en même temps qu’il sied à l’homme de se préparer à l’accueillir, de tout mettre en oeuvre ce qui pourrait le conduire au mystère de Dieu, de son origine.

Faut-il donc chercher des traces de sa présence, de son oeuvre en ce monde créé par Lui ou bien ce monde matériel est-il un obstacle à rencontrer celui qui est pur esprit? Il est autre que nous, il est au-delà de nous, de notre expérience, inatteignable et pourtant ce monde périssable et en mouvement vient de Lui.

Les uns mettront l’accent sur la difficulté d’atteindre Dieu: il ne peut avoir rien de commun avec ce monde corruptible et périssable, il faut se débarrasser de notre attrait envers les choses matérielles car, affirment-ils, seules les réalités spirituelles, notre intelligence, sont aptes à nous conduire à Lui.

Les autres seront plus attentifs à la Présence de Dieu en ce monde qui résulte de son oeuvre. Notre être provient de Lui, ainsi que notre existence. Notre existence est un lieu de rencontre entre nous et Lui, notre connaissance de Lui est inscrite en ce monde, notre expérience et notre regard sur ce monde nous conduisent à Lui. Un vocabulaire éternel y serait inscrit, des symboles, un ordre qui soit le reflet de son oeuvre créatrice, une expérience spirituelle qui est le moteur de notre vie, de nos actes.

Ainsi certains affirment pouvoir remonter jusqu’à Lui par voie d’abstractions successives opérées par notre intellect. Cet intellect séparé de toute matière serait en contact avec des êtres purement spirituels, des intellects séparés, des purs esprits, des anges, qui nous conduiraient à la contemplation de Celui qui est au-delà de toute matérialité, de toute temporalité.

Les chemins qui nous orientent vers Dieu sont innombrables, tantôt nous faisons l’expérience de sa proximité, tantôt de son éloignement. C’est le grand thème que nous retrouvons dans les poèmes mystiques qui nous parlent d’une relation d’amour entre nous et Dieu sous les images de l’amour d’un couple. Nous lisons cela dans le livre du Cantique des Cantiques dans la Bible, comme dans de nombreuses histoires de couples d’amoureux: Majnoun Layla, dans la culture arabe, Leily Majnoun dans son expression persane, mais aussi en Inde, Chine, Occident combien de couples d’amoureux ont aussi été perçus comme emblématiques de notre recherche d’absolu, de notre quête du mystère, de notre origine, de Dieu. Pensons à Tristan et Iseult, à l’amour idéal entre certains poètes et leur Dame, à Dante et Béatrice.

Ainsi à travers l’expérience humaine, Dieu sera tantôt celui qui se révèle, tantôt celui qui se cache, celui qui est tout proche de nous, aussi intime à nous que notre être, ou celui qui est hors de toute atteinte. Comme pour le Bienaimé, tantôt sa présence remplit l’univers, tout nous parle de lui et tantôt c’est le manque, l’absence qui est ressentie.

Nous allons ainsi esquisser dans d’autres articles le lien si mystérieux qui a uni Dieu à tant de savants et chercheurs illustres et nous chercherons aussi de mettre en évidence l’échange et l’enrichissement mutuel qui a eu lieu entre différentes civilisations et comment celle-ci se soient épanouies à travers de tels échanges. Nous essayerons de mettre en valeur la contribution à cette quête de personnages tels:

  • Platon, Aristote, Plotin dans la culture grecque
  • Al-Kindi, Al-Farâbî, Ibn Sînâ (Avicenne), Ibn Rushd (Averroès) dans la culture arabe et persane
  • Maïmonide, Ibn Gabirol, Jehouda Abravanel dans la culture juive
  • Denys l’Aéropagite, Saint Augustin, Saint Thomas dans la culture chrétienne
  • Kabîr, Tulsidâs, Surdâs dans la culture indienne